Mois de la santé mentale des hommes : juin, novembre et les signes qu'on ne voit pas

Mois de la santé mentale des hommes : juin, novembre et les signes qu'on ne voit pas

Le mois de la santé mentale des hommes revient chaque année pour une raison simple : beaucoup d'hommes souffrent sans le dire, et leur entourage ne s'en aperçoit souvent que tard. Cette période sert à parler d'un sujet resté tabou, à repérer les signaux d'alerte et à rappeler que demander de l'aide relève du bon sens, pas de la faiblesse.

Juin, novembre, Movember : à quelle date et pour quoi faire ?

Les dates prêtent à confusion, car deux temps forts se croisent. Juin est présenté comme le mois de sensibilisation à la santé mentale des hommes, notamment par Apollo Hospitals. Novembre est, en France, la période de mobilisation autour de la santé masculine, portée par Movember. Dans ce second cas, la santé mentale côtoie les cancers masculins et la prévention du suicide.

Schéma de la cocotte-minute illustrant comment le mois de la santé mentale des hommes aide à comprendre les signaux d'alerte : colère, alcool, surinvestissement au travail, conduites à risque
Schéma de la cocotte-minute illustrant comment le mois de la santé mentale des hommes aide à comprendre les signaux d'alerte : colère, alcool, surinvestissement au travail, conduites à risque

Le mouvement Movember est né en 2003 et a financé plus de 1 250 projets, selon Onco-Aura. Retenez donc ceci : juin met la santé mentale au premier plan, novembre l'inscrit dans une approche plus large de la santé des hommes. Dans les deux cas, l'objectif est le même : ouvrir la conversation, faciliter le dépistage et encourager la consultation précoce.

Pourquoi les hommes parlent moins de ce qui ne va pas

Des normes de masculinité qui imposent le silence

Dès l'enfance, beaucoup de garçons entendent qu'il faut « serrer les dents », ne pas se plaindre, se débrouiller seuls. À l'âge adulte, cela donne un réflexe : minimiser, attendre que ça passe, éviter de « déranger ». Selon Pôle Santé Travail, 49 % des hommes déclarent que parler de leur santé n'est pas dans leurs habitudes. Ce chiffre ne dit pas que les hommes vont mieux, seulement qu'ils en parlent moins.

3114 : le numéro national gratuit d'écoute et de prévention du suicide · Le site officiel du 3114 présente ce service joignable 24h/24 et 7j/7, gratuitement partout en France, où des professionnels du soin formés à la prévention du suicide accompagnent les personnes en détresse et leurs proches.

La conséquence est un enchaînement bien identifié : les stéréotypes poussent à cacher ses émotions, ce qui retarde la demande d'aide, puis le diagnostic, et laisse les troubles s'aggraver. Psycom note que certains freins culturels à la consultation pèsent particulièrement sur les générations de plus de 40 ans.

Quand les mots manquent : l'alexithymie

Certains hommes ne cachent pas ce qu'ils ressentent : ils ont réellement du mal à l'identifier et à le nommer. C'est ce qu'on appelle l'alexithymie. Dans ce cas, le mal-être se manifeste autrement, par une fatigue persistante, des tensions physiques ou une humeur qui se dégrade, sans que la personne sache expliquer pourquoi. D'où l'importance de regarder les comportements autant que les paroles.

Les signes d'alerte qui ne ressemblent pas à de la tristesse

La dépression masculine passe parfois inaperçue parce qu'elle ne correspond pas à l'image qu'on s'en fait. Elle peut prendre le visage de l'irritabilité, de l'agressivité, d'un surinvestissement dans le travail ou le sport, d'une consommation accrue d'alcool ou de drogues, ou de conduites à risque. L'isolement progressif est un autre indice : on décline les invitations, on répond moins, on s'efface.

Un détail change la lecture de ces comportements : pensez à une cocotte-minute. Quand la pression monte et que la soupape normale, c'est-à-dire la parole, est bloquée, elle s'échappe par d'autres issues : un accès de colère, des verres de trop, des journées de travail à rallonge, une conduite imprudente. Ces échappements soulagent un instant, mais ils ne traitent pas la cause et créent leurs propres dégâts. Face à un comportement qui change, la question utile n'est donc pas « pourquoi se comporte-t-il ainsi ? » mais « qu'est-ce qui n'a plus d'autre issue ? ».

Ce qu'on observeCe que cela peut cacherRéaction adaptée
Irritabilité, colères inhabituellesDépression, anxiété, épuisementOuvrir le dialogue, proposer un rendez-vous médical
Travail ou sport à l'excèsFuite devant un mal-êtreReprendre des nouvelles, sans jugement
Alcool, drogues en hausseAddiction qui masque une souffranceEncourager à consulter le médecin traitant
Retrait, isolementDépression installéeMaintenir le contact, proposer une aide professionnelle
Propos sur la mort ou l'envie d'en finirRisque suicidaireUrgence : appeler le 3114

Ce tableau n'est pas un outil de diagnostic. Il aide à distinguer un mal-être passager d'une situation qui demande un avis professionnel.

Comment aider un homme en difficulté

La méthode ALEC en quatre gestes

La méthode ALEC offre un cadre simple pour ne pas rester paralysé. Elle comporte quatre étapes :

  1. Ask (demander) : posez la question directement et calmement, par exemple « je te trouve changé ces derniers temps, comment vas-tu vraiment ? ».
  2. Listen (écouter) : laissez les silences, ne cherchez pas à résoudre ni à minimiser.
  3. Encourage action (encourager l'action) : proposez une démarche concrète, comme prendre rendez-vous avec le médecin traitant.
  4. Check in (reprendre des nouvelles) : revenez vers la personne quelques jours plus tard, car un seul échange suffit rarement.

Choisir le bon moment et les bons mots

Beaucoup d'hommes se confient plus facilement côte à côte que face à face : en marchant, en voiture, pendant une activité commune. Évitez les formules du type « il faut que tu te ressaisisses ». Dites plutôt ce que vous avez observé et que vous êtes disponible. Au travail, un collègue ou un manager peut aussi orienter vers la santé au travail, où l'on peut demander une visite auprès du médecin du travail.

Si la personne refuse l'aide, ne coupez pas le lien. Restez présent, redites que la porte est ouverte, et en cas de danger immédiat, n'hésitez pas à alerter les secours.

Où trouver de l'aide et quand consulter

Les bons interlocuteurs

Le médecin traitant est souvent la première porte d'entrée : il évalue la situation et oriente. Le psychologue propose un accompagnement psychothérapeutique, tandis que le psychiatre, médecin, peut poser un diagnostic et, si nécessaire, prescrire un traitement. Les groupes de parole et de soutien ainsi que les associations de santé masculine complètent ce parcours, et les services de santé au travail sont utiles pour les salariés.

Consultez dès que le mal-être dure, gêne le quotidien, le sommeil ou le travail, ou si vous reconnaissez les signes décrits plus haut. Plus l'intervention est précoce, plus elle limite l'aggravation. Un témoignage illustre ce que coûte l'attente : Ulrick Lemarchands raconte avoir mis 10 ans avant de parler ouvertement de sa tentative de suicide.

Les gestes du quotidien, sans en attendre trop

L'activité physique, une alimentation équilibrée, une bonne hydratation, un sommeil régulier (Apollo recommande 7 à 9 heures par nuit) et des pratiques comme la méditation, le yoga ou la respiration profonde soutiennent le bien-être. Ils ont toutefois une limite : ils ne remplacent pas un suivi professionnel lorsque les troubles sont installés.

En cas d'urgence

Si vous ou un proche pensez au suicide, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide en France. Vous pouvez aussi joindre Suicide Écoute au 01 45 39 40 00. En cas de danger immédiat, contactez les services d'urgence.

Ce mois de sensibilisation n'a de sens que s'il débouche sur un geste : une question posée à un ami, un rendez-vous pris, un appel passé. C'est souvent ce petit pas qui fait la différence.